Vie de Domitien, XVIII.
Domitien était d'une haute taille, il avait le visage modeste,
le teint coloré, les yeux grands, mais faibles ; il était
beau et bien fait de sa personne, surtout dans sa jeunesse, excepté
pourtant qu'il avait les doigts des pieds trop courts. A ce défaut
s'en joignirent d'autres plus tard : une tête chauve, un
ventre énorme et des jambes extrêmement grêles,
qu'une longue maladie avait encore amaigries. Il savait si bien quel
avantage il pouvait tirer de l'air de modestie sur sa figure, qu'il
dit, un jour, dans le sénat : "certes, mon caractère
et mon visage ont dû, jusqu'à présent, vous plaire."
Il était si fâché d'être chauve, qu'il prenait
pour une offense personnelle les plaisanteries ou les reproches qu'on
en faisait devant lui à ceux qui l'étaient aussi. Toutefois,
dans un petit traité Sur le soin de la chevelure, publié
par lui avec une dédicace à un de ses amis, dans laquelle
il cherchait à se consoler avec lui, il lui dit, après
avoir cité ce vers grec :
Ne vois-tu pas combien, moi aussi, je suis beau et grand ?
"Mais le même sort est réservé à mes
cheveux, et je les vois avec résignation vieillir durant ma
jeunesse. Sache qu'il n'y a rien de si agréable, mais rein
de si passager, que la beauté."