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MÉDAILLES ET JETONS DU SACRE DES ROIS

DE FRANCE À REIMS

INTRODUCTION

I/ LEUR FONCTION

II/ PRINCIPAUX THÈMES

 

INTRODUCTION

Les jetons et les médailles qui commémorent les sacres royaux sont extrêmement nombreux et variés. Les premiers datent de Henri II en 1547 et l'on en rencontre jusqu'à Charles X, dernier monarque à s'être fait sacrer en 1825. Leur importance n'avait pas échappé à Jules-Adrien BLANCHET qui leur a consacré un article dans le bulletin mensuel de numismatique et d'archéologie de 1890. Plus près de nous, Michel MOLA, tenta de dresser un répertoire "Jetons et médailles du sacre" dans les Cahiers Numismatiques, 1976.

Notre démarche reprend celles de nos prédécesseurs. Mais, nous avons tenté de le faire de façon méthodique. Là ou Mola dresse une liste de 25 types, Blanchet catalogue 52 types, et pour notre part nous en avons répertorié 113. De plus, nous nous distinguons de nos prédécesseurs en excluant volontairement de ce répertoire tout ce qui ne concerne pas le sacre de Reims, c'est à dire les jetons et médailles de Charles X Cardinal de Bourbon (non sacré), Henri IV (sacré à Chartres le 27 février 1594), Marie de Médicis (couronnée lors du sacre de Louis XIII), et de Napoléon.

Nous avons aussi tenté de retrouver aux Archives nationales des documents d'époque, ainsi que H. Nocq l'avait fait avant nous aux Archives des Affaires étrangères (H. NOCQ.- Mélanges.- Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France, cote 31120 NOC 4). Les documents sur les médailles du sacre de Charles X sont conservés aux Archives nationales sous les cotes O/3/805 et BB/17a/40.

Enfin, il convient aussi de signaler que nous devons à Mme Sylvie de Turckheim-Pey la partie sur les "jetons et médailles du sacre" du catalogue des journées numismatiques de la Société Française de Numismatique tenues à Reims en 1992. Nous lui devons également un article très précieux sur le sacre de Louis XIV, intitulé Une journée mémorable pour Monseigneur Simon Le Gras évêque de Soissons, dans le bulletin de la Société Française de Numismatique de septembre 1992.

 

I/ LEUR FONCTION

La cérémonie du sacre est une longue succession d'événements rythmés et prévus par l'Ordo, la règle à suivre pour la cérémonie.

Après la marche du roi vers l'église, celui-ci fait son entrée dans la cathédrale de Reims à l'intérieur de laquelle sont célébrées les Tierces. Pendant ce temps, la Sainte Ampoule, conservée à l'abbaye de Saint Remi, est apporté par le Grand Prieur escorté de quatre barons.

C'est ensuite le moment des serments du roi, envers l'Eglise, puis envers le royaume. Le roi est alors conduit vers l'autel où il reçoit l'épée de Charlemagne et les éperons d'or.

Il est ensuite oint en sept endroits par l'archevêque qui a préparé le chrême. Puis, habillé du manteau d'hermine, il reçoit alors l'anneau, signe de l'épousaille du roi avec son royaume, et le sceptre, symbole de la puissance royale. Le Chancelier de France fait alors l'appel des douze pairs qui vont venir maintenir la couronne au dessus de la royale tête, mais l'archevêque sera seul pour la poser et montrer ainsi que le roi ne tient son pouvoir que de Dieu.

Le roi est ensuite conduit à son trône : il s'assoit et reçoit le baiser de l'archevêque, comme Samuel qui baisa Saül après l'avoir sacré. Il proclame alors "Vivat rex in æternum" et le peuple entre à ce moment. Dans un bruit de trompettes et de "Vive le roi", des oiseaux sont lâchés, des médailles sont distribuées.

Le sacre à proprement dit est alors terminé. Toutefois, une messe, deuxième célébration, a lieu. Là, Se déroule la cérémonie des offrandes. Quatre porteurs présentent au roi sur des oreillers à franges d'or un pain d'or, un pain d'argent, du vin dans un vase d'argent et une bourse en velours rouge et broderies d'or remplie de 13 pièces d'or, puis de 13 jetons en or à l'effigie royale dès Henri III. Le roi quitte ensuite la cathédrale pour le palais archiépiscopal où se déroule ensuite le festin du sacre.

 

La fonction des jetons et médailles du sacre est triple.

- En or et au nombre de treize, ils sont l'une des quatre offrandes du roi remises à l'archevêque de Reims lors de la cérémonie.

- En or, en argent ou en bronze, ils servent aux distributions officielles lors de la liesse qui prolonge le sacre.

- Enfin, ils sont aussi une forme de souvenir que tout un chacun pouvait acheter et conserver en mémoire de cet événement. Ils ont aussi servit de modèles pour de nombreux jetons de comptes (Rechenpfennig) fabriqués à Nuremberg, en particulier sous Louis XIII.

 

A/ LES TREIZE MONNAIES DE L'OFFRANDE

L'origine du nombre treize a été étudié par Leber (Des cérémonies du sacre. Paris/Reims, 1825). Plusieurs hypothèses sont avancés par cet auteur : le nombre treize représente l'offrande de un sou et un denier qui est un rite de mariage très ancien ; cela peut aussi être une allusion au douze apôtres et à la Sainte Trinité ; enfin, il pourrait aussi s'agir de l'offrande du roi et des douze pairs.

Selon Leblanc (Traité historique des monnaies de France, Amsterdam, 1692), ces treize pièces d'or seront frappées spécialement pour l'occasion dés Henri II. Mais il faudra attendre Henri III pour voir apparaître des jetons en or frappées pour cette circonstance.

Sous Louis XIV, les 13 pièces d'or sont "du poids de cinq pistoles et demie chacune, marquées de l'effigie du roi couronné d'une part, et de l'autre part représentant la ville de Reims avec une colombe au dessus" d'après Menin (Traité historique et chronologique du sacre et couronnement des rois, Amsterdam, 1724). Celui-ci ne fait d'ailleurs que reprendre ici la version anonyme de 1717 du "sacre et couronnement de Louis XIV" (Paris : J. Chardon, imprimeur, 1717) qui ajoute : "le marquis de Souvré présenta la bourse au roi, qui après avoir baisé l'anneau dudit évêque, lui donna ladite bourse". Cette bourse fait partie des "offrandes pour être conservées dans le trésor" (de la cathédrale).

On peut donc légitimement déduire de ce qui précède que le trésor de la cathédrale possédait avant la Révolution des jetons en or, au nombre de 13, des sacres de Henri III, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Le jeton d'or de Henri III, actuellement conservé au musée Saint Remi de Reims est probablement l'un de ces 13 jetons.

 

B/ JETONS ET MEDAILLES DES DISTRIBUTIONS OFFICIELLES

Ces jetons et médailles sont destinés à être distribuer lors de l'intronisation. Le roi est installé sur son trône, l'archevêque dit trois "vivat rex in æternum", puis les pairs acclament le roi pendant que le peuple entre dans la cathédrale en criant "Vive le roi". Des oiseaux sont lâchés, le canon tonne et les gardes, sur le parvis, tirent une triple salve. L'abbé Pichon (Le sacre et le couronnement de Louis XVI, roi de France et de Navarre, dans l'église de Reims, le 11 juin 1775. Paris : Vente, libraire, 1775) nous rapporte ensuite que, pour le sacre de Louis XVI, "pendant ces vives acclamations d'allégresse, les hérauts d'armes distribuèrent dans le choeur et dans la nef une grande quantité de médailles d'or et d'argent, qui avoient été frappées pour cette cérémonie et qui représentent d'un côté le buste du roi (..) et au revers DEO CONSECRATORI (..)".

 

Sous Louis XV, la situation était la même, un texte d'époque (Relation de la cérémonie du sacre et couronnement du roy 25 oct. 1722. S.l.n.d) nous précise le type de la médaille : "d'un côté le buste du roy avec cette inscription LUD XV REX CHRISTIANISSIMUS, au revers l'instant de son sacre avec légende REX COELESTI OLEO UNCTUS et à l'exergue Remis 22 oct. 1722." Nous avons pu retrouver (Archives Nationales O/3/805 : Maison du roi) le nombre total d'exemplaires distribués au sacre de Louis XV et celui-ci fut de "722 médailles d'or dont 97 de première grandeur, 5322 en argent dont 342 de première grandeur. Le prix total fut de 95,565 l. 15 s". Ces chiffres sont compatibles avec les documents retrouvés par H. Nocq (Archives des Affaires étrangères, registre 1249, pièces 98 à 101) : Le 14 septembre 1722 il était prévu de distribuer 112 médailles d'or de première taille et 4700 petites médailles d'argent.

Enfin, pour Charles X, l'intronisation fut poursuivie par une admission réglée du public : on le fit rentrer par groupes de 100 environ, qui ressortent ensuite. "A chaque entrée il y a des Vivat. Des médailles d'argent frappées pour la circonstances avec au revers le moment du couronnement, et légende CORONAM FAVENTE DEO SUSCIPIT, ont été jetées à la multitude par les hérauts d'armes, du haut d'une estrade établie dans le passage pratiqué sous le jubé" (F. MIEL. Histoire du sacre de Charles X dans ses rapports avec les Beaux-Arts. Paris : Panckoucke, 1825).

Selon le même auteur, F. Miel, les médailles avec "au revers l'instant de la consécration et la légende REX COELESTI OLEO UNCTUS furent données aux personnes invitées à la cérémonie. La gravure fait honneur au talent de M. Gayrard."

Les distributions de médailles au sacre de Charles X étaient prévues pour une somme de 70000 l.. Mais, "le roi ayant ordonné un supplément de distribution pour les princes étrangers, ambassadeurs, ministres de France dans les cours étrangères en France, pour l'assemblée du clergé et autres qui n'étoient point compris dans les projets de distribution", il y eut un surcoût de 24866 l 14 s. 4 d., ainsi que 390 l. pour les ouvriers de la Monnaie des médailles (Archives Nationales O/3/805 : Maison du roi).

Notons aussi l'expression de J. Justinus en 1860 (Reims, la ville des sacres. Paris, 1860) à propos du sacre de Charles X : "les hérauts d'armes distribuèrent des médailles frappées pour le sacre ; le peuple, qui est entré dans la nef, se précipite pour les saisir (..)".

 

C/ JETONS ET MEDAILLES NON-OFFICIELS

Cette catégorie regroupe tout ce qui ne fait pas partie du treizain ou des distributions officielles. On y trouve la grande majorité de ces jetons et médailles de sacre. Leur exécution est l'œuvre de graveurs divers, une dizaine par exemple sous Charles X.

Les premiers semblent être les jetons banalisés qui apparaissent sous Louis XIII. Ils sont produit à Nuremberg par Hans Krawinckel, Hans Laufer, Matheus Laufer et Wolff Laufer. Ces jetons en laiton, dont il existe une grande variété, furent frappés jusqu'en 1615 au moins soit cinq années après le sacre de Louis XIII. On en retrouve aussi deux types sous Louis XIV.

Sous Louis XV, les jetons banalisés retrouvent une variété de types qui avait disparue sous Louis XIV. Les jetons de Nuremberg sont là encore abondants. Ils sont frappés en laiton toujours, mais aussi parfois en argent. Les portraits du roi sont variés : tête laurée, tête couronnée, buste au bandeau, buste âgé en empereur. Là encore, des frappes tardives existent : le type au bandeau est postérieur à 1740 et ces jetons étaient donc encore frappés après 1740 !

Enfin, sous Charles X, de nombreux graveurs s'illustrèrent dans la création d'un ou plusieurs jetons ou médailles. Barre, Brun, Caqué, graveur de madame la Dauphine, Caunois, Depaulis, Dusseaut, Gatteaux, Montagny, Rogat, Vivier, Veyrat furent inspirés par la cérémonie.

 

II/ PRINCIPAUX THÈMES

  • La main.

Le plus ancien thème représenté sur les jetons de sacre consiste en une main qui tient la Sainte Ampoule et qui sort des nuages. Ce thème apparaît dès Henri II et est repris sous François II et Louis XIII. Toutefois, sous Louis XIII, la main qui tient la Sainte Ampoule se trouve soit en plein champ, soit au dessus de la ville de Reims.

  • La colombe.

Ce thème apparaît sous Charles IX : la colombe du Saint Esprit sort des nuages et tient la Sainte Ampoule en son bec. Ce thème est repris sous Henri III. Puis, il ne réapparaît que sous Louis XIV, mais il est alors modifié : la colombe est au dessus de la ville de Reims. Ce thème existe encore sous Louis XV pour deux médailles en argent fabriquées en Allemagne par Andreas Vestner.

  • Le couronnement.

Ce thème apparaît sous Louis XIV. La scène représente le roi, vu de dos, agenouillé devant l'évêque de Soissons, vu de face, qui le couronne. La scène est ensuite repris par Joseph-Charles Roëttiers pour Louis XV avec le roi et l'archevêque de côté sur une estrade. Sous Charles X la scène du couronnement est l'œuvre de Gayrard pour les médailles officielles et de Caunois qui réalise une des plus admirables médailles de cette série.

  • L'onction.

Ce thème apparaît sous Louis XIV. Il est signé Jean Mauger, d'après un dessin de Sébastien Leclerc (voir BSFN sept. 1992). La scène de l'onction devient ensuite le thème le plus courant sous Louis XV et elle figure au revers de nombreux jetons et médailles. Sous Louis XVI, le thème est transformé : c'est la Religion planant au dessus du roi en prières qui oint celui-ci. Enfin, sous Charles X, la scène de l'onction est largement reprise. Dans certains cas l'archevêque est assis, à gauche ou à droite, avec ou sans personnages à l'arrière (Gayrard, Montagny) et dans d'autres cas, l'archevêque est debout à droite du roi agenouillé (Barre).

  • Le roi en majesté.

Ce thème apparaît sous Louis XV qui est représenté en pied. Cette nouveauté est due à Jean Duvivier qui signe là une médaille officielle frappée en or, argent et bronze. Sous Charles X le thème est repris par Gayrard sur la médaille officielle du plus petit module, mais le roi est cette fois assis sur son trône et non plus debout. Une autre médaille de Gayrard présente le roi debout et de face.

  • Le roi en prières.

Ce thème apparaît sous Louis XVI. Il s'agit du thème officielle que l'on retrouve avec les signatures de Léonard, Benjamin Duvivier et Gatteaux. On le retrouve aussi sur une médaille de Rogat pour Charles X et sur un jeton en laiton non signé.

  • La Religion unissant le roi à la France, sur une médaille de Charles X.

 

  • L'entrée du roi à Reims est représentée sur une médaille de Charles X.

 

  • Une allégorie de la Vendée sur une médaille de grand module de Charles X, due à Caqué.

 

 

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