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II/ L'Italie et le portrait monétaire

a) Les précurseurs

- Milan et le premier portrait sur l'or.

La première monnaie qui reprend l'usage antique de représenter le portrait de l'autorité émettrice provient du duché de Milan (CRIPPA, Carlo.- La monete di Milano dai Visconti agli sforza dal 1329 al 1535.- Milan, 1986, 365 p.). Il s'agit d'un ducat d'or émis au début de l'année 1462 par Francesco Ier Sforza, 4e duc de Milan (fig. 8).

Milan est devenu au XIVe siècle un véritable état, puis duché en 1395 avec Jean Galéas Visconti. En 1447, à la mort de Philippe-Marie Visconti, succède une éphémère République. Puis, en 1450, François Sforza, grâce à l'alliance florentine et à la force des armes, restaure le duché. Sa politique efficace, aidée par la paix de Lodi (1454), ramène une réelle prospérité au duché. L'agriculture, comme l'industrie, sont florissantes. Milan est la grande place commerçante de la haute Italie, dominant le trafic des Alpes, malgré l'opposition des Suisses (BALARD, Michel.- "Milan et le milanais". In : Encyclopædia Universalis.- Paris, 1984, volume 12, pp. 249-251). Une telle richesse se retrouve sur le monnayage milanais surtout après 1469. Mais, dès 1462, le ducat au portrait est une nouveauté qui montre l'avancée milanaise dans bien des domaines.

Le portrait utilisé pour cette monnaie est similaire à la peinture de Bonifacio Bembo sur le manuscrit n° 786 conservé à la bibliothèque Trivulziana de Milan (fig. 9). Il s'agit donc bien d'un portrait réaliste (sur le portrait, un excellent article : COGLIATI-ARANO, Luisa et ARSLAN, Ermano.- "Le monnayage milanais de Louis XII et ses antécédents sous les Sforza". In : La monnaie, miroir des rois.- Paris : Hôtel de la monnaie, 1978. Aussi COGLIATI-ARANO, Luisa.- "La monetazione di Luigi XII ed i suoi precedenti sforzeschi". In : La zecca di Milano.- Milan, 1984, Atti del convegno Internazionale di Studio, Milano 9-14 maggio 1983). Il convient de noter que, dès 1441 environ, Pisanello avait réalisé une médaille à l'effigie de Francesco Sforza, encore relativement jeune (HILL, G.F. et POLLARD, G.- Renaissance medals from the Samuel H. Kress collection at the national Gallery of art.- Londres, 1967).

Sous Galéas-Marie Sforza, cinquième duc de Milan (1466-1476), le portrait monétaire devient une constante. En 1467, il émet le ducat d'or dont l'épigraphie reste gothique jusque vers 1474. En 1469, il introduit le double ducat d'or, dont le magnifique portrait est dû à Ambrogio da Civate. En 1474, il introduit le portrait sur la monnaie d'argent milanaise. Sont ensuite créés un gros ou teston de 20 soldi, un demi teston, un gros de 8 soldi, et un gros de 4 soldi, tous avec le portrait de Galéas-Marie à droite. La tradition est ensuite perpétuée sous Jean-Galéas-Marie Sforza et la régence de Bonne de Savoie, puis sous la régence de Ludovic-Marie Sforza, sous Ludovic-Marie Sforza dit "le More" seul (teston illustré en page 1), et enfin sous la domination française. Louis XII se fait représenter sur un double ducat d'or, un teston (fig. 34) et un gros, et François Ier sur un éphémère double ducat frappé après la victoire de Marignan et dont seul deux exemplaires nous sont parvenus.

Milan est le premier état à avoir fait figurer un portrait réaliste sur une monnaie, il s'agissait d'un ducat d'or. Sur la monnaie d'argent, Milan a été devancée par un autre état d'Italie du nord.

- Parmi les tous premiers : Ferrare

La grande époque de la ville de Ferrare commence sous Borso d'Este : débuts littéraires de Boiardo, peintures de Cosme Tura, de Francesco del Cossa. Les princes mènent une vie fastueuse et la ville devient protectrice des arts et des lettres. En 1450, Borso devient comte de Ferrare, puis en 1452, il est fait duc par l'empereur Frédéric III. Sur un ducat d'or, il se fait représenter en buste, "portant fièrement sur sa longue chevelure le chapeau ducal" (CLAIN-STEFANELLI, Elvira Eliza.- Monnaies européennes entre 1450 et 1789.- Fribourg : Office du livre, 1978). Ce ducat est probablement antérieur au ducat de François Sforza et pourrait bien être le plus ancien portrait monétaire de la Renaissance. Toutefois, la question n'étant pas tranchée, nous avons indiqué dans le tableau une date identique à celle du ducat milanais. Il faut noter qu'en 1460 le florentin Petricini "réalisa une médaille à l'effigie de Borso, qui présentait au droit un buste semblable à celui figuré sur le ducat" (CLAIN-STEFANELLI, Elvira Eliza.- Op. cit., p. 21). Seule une étude approfondie permettra de déterminer quelle est la monnaie à portrait la plus ancienne entre le ducat de Borso d'Este et le ducat de François Sforza. Citons aussi l'intéressant teston de Hercule Ier dont le revers représente la statue équestre de Francesco Sforza réalisée par Léonard de Vinci (fig. 12).

- Venise et le premier portrait d'argent

Venise en 1471 connaît une relative paix. Ses relations extérieures sont mauvaises avec les Ottomans contre lesquels la République est en guerre depuis 1463. Toutefois, en Italie, la paix de Lodi a marqué la victoire de Venise et de Florence contre les Visconti de Milan. C'est le début d'un siècle de construction de monuments et d'embellissements urbains.

La monnaie est, depuis sept siècles, le sequin d'or. Celui-ci est en crise et les imitations se multiplient dans les états voisins, si bien que le 15 mai 1472, le Grand Conseil déclare une refonte générale (LUCHESCHI, Comte Dino.- "Le doge Nicolas Tron et sa réforme". In : CIN.- Paris, 1953, pp.387-388 et WEISS, Roberto.- "Le monete del Doge Nicolo Tron ed un ritratto perduto di Gentile Bellini". In : Italia numismatica.- Mantoue, 1962, vol. 13, n° 4, pp. 52-ss, ill.). Le doge est Nicolas Tron, personnage à la mentalité particulière, qui s'est enrichi grâce au commerce. Il décide d'émettre une lire d'argent de 4 gros, ou 20 sous. Le poids de cette monnaie est de 6,52 gr. et surtout elle porte au droit le portrait du doge d'où son nom : Lira tron (fig. 10). Le doge est représenté de manière réaliste et il est représenté avec la barbe particulière qu'il garde depuis la mort de son fils.

Ce portrait fut le seul et unique portrait du monnayage vénitien. En effet, le 28 juillet 1473, Tron décède et le Grand Conseil impose, par la promission du 2 août 1473, de se faire désormais représenter à genoux devant saint Marc, par humilité. Pour les cinquante trois doges qui suivirent Tron, le monnayage restera sans portrait.

b) Le renouveau italien

A la suite des trois états, le monnayage italien se couvrit de portraits princiers.

L'étude de ces monnayages a été entreprise par Ernesto Bernareggi dans un ouvrage malheureusement resté confidentiel (BERNAREGGI, Ernesto.- Monete d'oro con ritratto del rinascimento italiano, 1450-1515.- Milan, 1954, 200 p.; voir aussi REVAGNANI MOROSINI, Mario.- Signorie e Principati. Monete italiane con ritratto (1450-1796).- Rimini, 1984, 3 vol., 1181 p.). Il reprenait ainsi la voie tracée par Hans Nussbaum en 1924 (NUSSBAUM, Hans.- "Fürstenportr„te auf italienischen Münzen des Quattrocento". In : ZFN.- Berlin, 1925, XXXV, pp. 145-192) qui étudiait Milan et Ferrare. Bernareggi a interrompu son étude en 1515, date à laquelle, selon lui, l'élément réaliste et véridique l'emporte sur l'élément lyrique et poétique du portrait (BERNAREGGI, Ernesto.- "Monete d'oro con ritratto del rinascimento italiano : un aggiornamento". In : Numismatica e antichita classiche.- Lugano, 1975, vol. IV, pp. 299-329). Devant les difficultés d'un classement par date de ces émissions, il a choisi un classement alphabétique des états. Un catalogue de ces émissions pourra être dressé à l'aide du Corpus nummorum italicorum, catalogue en vingt volumes de la collection de Victor-Emmanuel d'Italie publié entre 1910 et 1943 et d'ouvrages plus récents comme celui de Crippa sur Milan (CRIPPA, Carlo.- La monete di Milano.- Milan, 1986). Trois grands groupes se détachent :

  • Le premier est constitué des états du nord de l'Italie : Milan, Ferrare, Venise, Modène, auquel s'ajoute Rome (fig. 11). Ce sont les précurseurs du monnayage à portrait.
  • Le second groupe est constitué des premiers états à être influencés : vers le nord, Carmagnole (fig. 13), Mantoue (fig. 18), vers le sud, Forli, Pesaro, Urbino (fig. 19). Tous ces états adoptent le monnayage à portrait avant 1490.
  • Le troisième groupe confirme ces influences après 1490, et avant 1500 : au nord Asti (fig. 17), Casale (fig. 15), Mirandole (fig. 21) sont touchés et au sud le royaume de Naples (fig. 14) avec Aquila, Brindisi, Messine.

En 1500, alors que le portrait n'a fait que de timides apparitions sur les monnaies en dehors d'Italie, celle-ci connaît déjà un abondant monnayage à portrait princier.

Carte de la diffusion du portrait monétaire en Italie


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