Un denier de Lyon superfétatoire.
Cet article est paru dans le Bulletin de la Société Française
de Numismatique, septembre 1996.
Jean Duplessy, dans son ouvrage sur les monnaies françaises royales
(Paris-Maastricht, 1989), indique au chapitre "monnaies de cuivre, Henri IV"
deux types de deniers tournois.
Le premier de ces types (N° 1274) se caractérise par un revers
avec deux lis accotés au dessus du différent d'atelier. Il existe
une variété fabriquée dans l'atelier de Tours : le différent
d'atelier est à l'exergue du droit et le revers comprend deux lis accotés
au dessus d'une tour (Marchéville N° 3159, Cabinet des médailles
N 8307).
Le second type (N° 1275) comporte, quant à lui, trois lis au
revers posés deux et un, tandis que la lettre d'atelier se trouve à
l'exergue du droit. Ce denier, signalé comme inédit,
aurait été frappé à Lyon en 1607. Un tel motif
de revers est surprenant car le nombre de fleur de lis est, depuis 1385 -
avec, il est vrai, des exceptions et variantes- un moyen de différenciation
entre les doubles tournois (trois lis), les deniers (deux lis) et oboles tournois
(un lis).


D'autres exemplaires de cette monnaie existent, par exemple dans la 54e vente
sur offres Albuquerque (N° 66), mais aussi dans des collections privées
(fig. 1 et 2). Une étude rigoureuse de ces monnaies permet d'affirmer
que ce denier, d'un type "inédit" n'est en réalité qu'un
faux frappé sur flan coulé. La tranche de ces monnaies comporte
une évidente trace de bavure de coulée, trace par ailleurs nettement
visible sur les exemplaires photographiés dans l'ouvrage de Jean Duplessy
(à 12 h. au revers) et dans le catalogue Albuquerque (à 12 h.
au droit). Enfin, ces deniers sont à rapprocher de médailles
du XIXe siècle dont le style de portrait est identique (fig.3).

Ce rapprochement nous permet donc de conclure en affirmant que ces deniers
sont des productions fantaisistes du XIXe siècle, qu'il convient donc
de retirer de l'ouvrage de Jean Duplessy.
Stéphan Sombart